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Ici l'association culture art polar sud Aveyron parle de polar et de vin en bonne compagnie. Actualité sur la littérature policière. Festival du polar de Millau et prix Robin Cook.

Lionel Locqueneaux nous conseille !

Ces temps-ci il pleut des trilogies sur la période Giscard/Mitterrand/Chirac. Polars politiques, chroniques sociales, thrillers historiques, les définir n’est pas aisé, et peut-être pas nécessaire. L’essentiel est que c’est du lourd, de bon gros bouquins qui vous tiennent et ne vous lâchent plus. Leur particularité est d’être extrêmement bien documentés, des cours d’histoire à la sauce polar pour ceux qui auraient manqués sciences-po et que les experts de l’info continue de la télé emmerdent. Là, on est au cœur de l’action, au cœur des magouilles du pouvoir aussi, on ne prend pas de gants (n’en déplaise aux Millavois) on n’y ménage ni la chèvre ni le chou, les frontières entre les bons et les méchants sont floues, tout le monde a ses raisons.

Pour commencer, les derniers livres de Frédéric Paulin qui nous avait déjà livré une excellente trilogie sur la montée de l’islamisme des années quatre-vingt dix de l’Algérie à l’Afghanistan : la trilogie Benlazar (La guerre est une ruse ; Prémices de la chute ; La fabrique de la terreur). Là il récidive avec la guerre du Liban et ses implications dans la politique française (Nul ennemi comme un frère ; Rares ceux qui échappèrent à la guerre ; Que s’obscurcissent le soleil et la lumière à paraître en Aout 2025). Rien de tel que ce magistral cours de rattrapage pour enfin comprendre le présent du Moyen-Orient au Levant. Tous les acteurs d’aujourd’hui sont déjà présents : Israéliens, Palestiniens, Iraniens, Syriens, armées et services secrets occidentaux, tous s’y livrent une guerre souvent fratricide qui précipite ce petit pays multiconfessionnel à l’équilibre fragile dans un chaos absolu. La France en tant qu’ancienne puissance protectrice estime avoir un rôle à jouer dans ce merdier mais sa politique intérieure interfère avec son action. C’est la période de la cohabitation et les deux camps tirent la couverture pour savoir qui tirera avantage de la situation. Qui fera libérer nos otages par exemple, otages qui, du coup, croupissent un peu plus qu’ils n’auraient dû dans les geôles du Hezbollah. Qui arrivera à faire cesser la vague d’attentats qui endeuille la France. Qui parviendra à « terroriser les terroristes ».

Les personnages sont attachants, il y a des flics des RG, des militaires de la DGSE, des diplomates, des chrétiens maronites, des chiites, des juges anti-terrorisme, des hommes politiques arrivistes en veux-tu en voilà. Le style est énergique, le déroulé haletant, c’est bien simple on croirait lire du Frédéric Paulin.

Pour continuer, le premier tome de la trilogie annoncée de Benjamin Dierstein : Bleus, blancs, rouges. Lui aussi couvre la période 1978-1984 mais son approche est un peu différente. Dierstein reste sur les sols français et africain et à l’aide de quelques personnages nous fait pénétrer dans les milieux politiques et mafieux qui sévissent à cette époque. L’extrême gauche avec l’avènement des autonomes puis d’Action directe, le milieu policier compromis dans les dérives du SAC et ses assassinats politiques (Robert Boulin, Pierre Goldman entre autres), le milieu des barbouzes de la françafrique, le milieu des trafiquants d’armes, de drogue, de la traite des blanches, mais aussi celui de la nuit parisienne. Surtout il nous brosse un tableau sévère des années Giscard « le Monarque » empêtré dans ses relations sulfureuses avec son grand ami Jean-Bedel Bokassa.

Le style aussi est un peu différent. L’auteur prend tout son temps pour bien camper les personnages, bien décrire les situations dans leurs moindres détails. Le rythme en pâtit un peu mais la narration n’en est que plus précise. On sent que l’auteur a voulu rentabiliser l’abondance de sa documentation mais ses personnages complexes sont attachants et viennent faire pendant à la complexité de son histoire. Comme chez Paulin le mélange entre des personnages réels de cette époque et des personnages de fiction permet de décrire la réalité en faisant fi de la censure que pourrait s’imposer de véritables historiens sur des temps encore trop proches dont nombre de protagonistes sont toujours parmi nous.

 

Pour l’instant seul le premier tome est paru mais ses 800 pages vous laisseront le temps d’attendre les suivants.

(mise à jour du 25/02/2026 la suite est ICI)

Allez, à vos bouquins, vous ne le regretterez pas !

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